L’IA te fait-elle vraiment gagner du temps et de l’argent sur ta communication ?
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L’IA te permet aujourd’hui de créer un flyer, un visuel, une présentation, un article ou une publication en quelques minutes. Enfin… en théorie.
Parce que la promesse est particulièrement séduisante : l’IA va plus vite, elle ne coûte que le prix de ton abonnement et, surtout, elle te permet de faire toi-même ce pour quoi tu aurais autrefois payé un graphiste, un rédacteur ou un professionnel de la communication.
Sur le papier, le calcul paraît donc assez imbattable : moins de temps + moins d’argent dépensé = une sacrée bonne affaire pour ton entreprise.
Sauf que ce calcul oublie quelques petites lignes. Ton temps, d’abord. L’expertise dont tu te passes ensuite. Et surtout, une donnée beaucoup plus difficile à faire apparaître sur une facture : combien te coûte une communication qui ne remplit pas son rôle ?
Parce qu’un flyer à 0 € qui ne sert à rien n’a jamais réellement coûté 0 €.
Et si on refaisait les comptes ?
Le premier coût caché de l’IA : ton temps
Commençons par quelque chose que les entrepreneurs ont une fâcheuse tendance à oublier dans leurs calculs : leur propre temps a une valeur.
Tu veux créer un flyer. Tu demandes donc à l’IA de te le faire. Première proposition : ce n’est pas tout à fait ça. Tu précises ton prompt. Elle recommence. Le texte est mieux, mais la mise en page ne te convient plus. Tu lui donnes un exemple. Elle s’en rapproche, mais modifie autre chose. Tu lui rappelles tes couleurs. Puis ta typo. Il faut finalement changer une image, raccourcir un texte, remettre une information disparue en cours de route…
Et ce qui devait prendre cinq minutes vient déjà de t’occuper une heure.
Quand tu ne sais pas pourquoi ça ne fonctionne pas, tu tâtonnes
Le problème est encore plus important lorsque tu utilises l’IA pour réaliser quelque chose qui ne relève pas de ton métier.
Parce qu’un professionnel peut évidemment tâtonner lui aussi. Mais son expertise lui permet normalement d’identifier beaucoup plus rapidement ce qui ne fonctionne pas et pourquoi.
Imagine une thérapeute qui souhaite promouvoir un nouvel atelier. Elle demande à une IA de lui créer son flyer et sent immédiatement que quelque chose cloche. Mais quoi ? Est-ce la couleur ? L’image ? Le titre ? Le nombre d’informations ? La taille des textes ? Leur ordre ? Le manque de contraste ? Le message lui-même ?
Elle ne sait pas nécessairement le déterminer, puisque ce n’est pas son métier.
Alors elle recommence.
Et c’est là que les fameuses cinq minutes peuvent se transformer en une soirée entière.
La question n’est d’ailleurs même pas de savoir si elle aurait dû confier ce flyer à un professionnel. Elle aurait peut-être été plus rapide en ouvrant PowerPoint ou Canva et en faisant quelque chose elle-même ! Parce qu’elle aurait au moins travaillé directement avec ce qu’elle connaît de son entreprise, de son offre et de ses clients, sans passer son temps à essayer de faire comprendre à une machine ce qu’elle a en tête.
L’IA ne te fait gagner du temps que si le temps nécessaire pour la piloter, contrôler et corriger son travail reste inférieur au temps qu’elle t’évite réellement.
Ça paraît évident dit comme ça. Beaucoup moins lorsque la promesse de départ était : « Je vais demander à l’IA, ça va me prendre cinq minutes. »
Et pendant ce temps-là… tu ne fais pas ton métier
Il faut ajouter une autre donnée à notre calcul.
Imaginons qu’une consultante passe quatre heures à créer avec l’IA une présentation commerciale qu’un professionnel lui aurait facturée 300 €. Elle peut effectivement se dire qu’elle vient d’économiser 300 €.
Mais que valent quatre heures de son temps ?
Et surtout : qu’aurait-elle fait pendant ces quatre heures ?
Préparer une mission ? Répondre à une demande commerciale ? Relancer un devis ? Travailler pour un client ? Développer une nouvelle offre ? Ou simplement avancer sur l’une des dizaines de tâches pour lesquelles elle est réellement indispensable dans son entreprise ?
C’est ce qu’on appelle le coût d’opportunité : pour choisir de faire quelque chose, tu renonces nécessairement à faire autre chose pendant ce même temps.
Et chez un indépendant ou dans une petite entreprise, cette donnée compte énormément.
Ne pas sortir d’argent ne signifie pas ne rien dépenser.
Le deuxième coût caché : tu économises la production… mais aussi l’expertise
Il y a ensuite un raccourci que j’entends énormément depuis l’explosion des IA génératives :
« Pourquoi payer quelqu’un pour faire ça alors que l’IA peut me le faire ? »
Parce que, justement, tu ne payais peut-être pas cette personne uniquement pour “faire ça”.
Quand tu fais appel à un graphiste pour créer un flyer, tu ne le payes pas simplement pour ouvrir son logiciel et déplacer des blocs sur une page. De la même manière que tu ne payes pas un communicant pour savoir où se trouve le bouton « publier ».
Enfin, normalement. 😏
Produire un support et concevoir un support, ce n’est pas la même chose
Avant même de commencer à fabriquer ton flyer, il y a des questions à se poser.
À qui s’adresse-t-il ? Dans quel contexte sera-t-il vu ? Quel est son objectif ? Quelle information doit être comprise en premier ? Que doit retenir la personne ? Quelle action veux-tu provoquer ? Que faut-il montrer ? Que faut-il au contraire supprimer ? Comment respecter ton identité tout en permettant à l’information d’être lisible ? Quels sont les codes de ton marché et lesquels faut-il justement éviter pour ne pas ressembler à tout le monde ?
Et parfois, la réponse professionnelle peut même être : « En fait, tu n’as pas besoin d’un flyer. »
Ça aussi, c’est de l’expertise.
Prenons une formatrice qui souhaite présenter l’ensemble de ses prestations sur une plaquette. Elle veut tout mettre : son parcours, ses quinze formations, ses certifications, ses méthodes, ses témoignages, ses coordonnées, les financements possibles et évidemment une présentation complète de son entreprise.
L’IA peut réussir à faire rentrer tout ça.
Un communicant risque plutôt de lui dire qu’on ne comprend plus rien et qu’il va falloir choisir.
Lequel des deux a le mieux « exécuté » sa demande ? Techniquement, peut-être l’IA.
Lequel a le plus de chances de produire un support qui sera réellement lu et compris ? C’est déjà une autre question.
Lorsque tu économises le prix d’un professionnel, tu ne supprimes donc pas seulement un coût de production. Tu supprimes potentiellement la réflexion, l’analyse, la hiérarchisation, la lisibilité, la connaissance des usages, la personnalisation et la capacité à prendre du recul sur ta propre demande.
Autrement dit : tu n’économises pas seulement ce que le professionnel faisait. Tu économises aussi ce pour quoi tu le payais réellement.
Toutes les utilisations de l’IA ne se valent pas pour autant
Et c’est là que j’ai envie de mettre une grosse nuance, parce que le sujet n’est absolument pas de conclure qu’il faudrait bannir l’IA de nos entreprises et retourner travailler avec un fax et un annuaire papier.
J’utilise moi-même l’IA.
La vraie question est plutôt de savoir ce que tu lui demandes de faire et si tu possèdes les compétences nécessaires pour piloter ce qu’elle te rend.
Si tu maîtrises une tâche et que l’IA te permet d’automatiser ou d’accélérer une partie de son exécution, le gain de temps peut être parfaitement réel.
Une graphiste qui utilise l’IA pour accélérer une étape de recherche tout en sachant exactement ce qu’elle veut obtenir et comment juger le résultat n’est pas dans la même situation qu’une thérapeute qui lui demande de créer toute son identité visuelle sans savoir si les choix proposés sont pertinents.
Une rédactrice qui utilise l’IA pour comparer plusieurs structures d’un texte qu’elle a déjà pensé n’est pas dans la même situation qu’un entrepreneur qui lui demande : « Écris-moi un article intéressant sur mon métier » et publie le résultat sans pouvoir réellement évaluer sa qualité.
Une formatrice qui lui fournit ses idées, ses exemples, ses observations de terrain et s’en sert pour organiser sa matière ne lui délègue pas la même chose que celle qui lui demande de concevoir tout son contenu à sa place.
Plus tu maîtrises ce que tu délègues, plus tu es capable d’évaluer ce que l’IA te fait réellement gagner.
À l’inverse, lorsqu’elle remplace une compétence que tu ne possèdes pas, il devient beaucoup plus difficile de savoir si elle vient de te faire économiser de l’argent… ou simplement de te donner l’impression que le travail est terminé.
Le troisième coût caché : combien te coûte une communication qui ne fonctionne pas ?
Et finalement, nous arrivons au calcul qui me paraît le plus important.
Admettons que ton flyer ait réellement été produit en dix minutes.
Admettons même que tu n’aies payé que ton abonnement à l’IA.
Maintenant, à quoi sert-il ?
Parce qu’un flyer n’est pas là pour être un flyer.
Un site Internet n’est pas là pour être un site Internet. Une publication Instagram n’est pas là pour remplir la case du mardi dans ton planning éditorial. Une plaquette n’est pas là pour pouvoir dire que tu as une plaquette.
Un support de communication doit remplir un rôle.
Il peut devoir attirer l’attention, faire comprendre une offre, permettre d’identifier ton entreprise, rassurer, donner envie d’en savoir plus, aider à mémoriser ton nom ou amener vers une prochaine action.
Et c’est précisément là que le prix de production ne suffit plus du tout pour calculer son coût réel.
Le flyer à 0 € qui ne rapporte rien a quand même coûté quelque chose
Reprenons notre thérapeute.
Elle organise un atelier et produit elle-même son flyer avec l’IA. Elle y passe deux heures. Elle le diffuse sur ses réseaux, l’envoie à quelques partenaires et en imprime une cinquantaine.
Mais le titre n’explique pas clairement à qui s’adresse l’atelier. L’image ressemble à celles utilisées par une multitude d’autres professionnels de son secteur. Les informations essentielles sont noyées. Et aucune inscription n’arrive par ce biais.
Combien a coûté son flyer ?
Le prix de son abonnement ?
Les impressions ?
Ses deux heures ?
Ou faut-il également prendre en compte l’opportunité manquée de faire connaître son atelier à des personnes qui auraient pu être intéressées ?
Évidemment, il serait tout aussi absurde d’affirmer qu’un flyer réalisé par un professionnel générera automatiquement dix clients. La communication n’est pas une machine dans laquelle tu mets 300 € pour en récupérer 3 000.
Mais c’est justement pour cette raison qu’il faut arrêter d’évaluer un support uniquement à partir de son prix de fabrication.
La communication doit servir l’entreprise
Tu connais probablement mon refrain si tu traînes ici depuis quelque temps : la communication doit servir l’entreprise.
Elle n’est pas le commercial et je ne vais pas te promettre qu’une publication Facebook ou un joli flyer va magiquement générer tel chiffre d’affaires.
En revanche, ta communication accompagne le parcours qui permet à une personne de te découvrir, de comprendre ce que tu proposes, de te reconnaître, de commencer à te faire confiance et, éventuellement, de devenir cliente.
C’est donc aussi comme ça qu’il faut apprendre à regarder ses résultats.
Une des questions les plus simples à poser à un nouveau client reste d’ailleurs :
« Par quel canal m’as-tu connu ? »
Ton site ? Google ? Instagram ? Une recommandation ? Un événement ? Une affiche ? LinkedIn ? Une vidéo YouTube ?
À force de poser la question, tu commences à comprendre quels supports participent réellement à l’arrivée de tes clients et lesquels méritent d’être renforcés, améliorés… ou abandonnés.
Et c’est beaucoup plus intéressant que de savoir uniquement combien ils t’ont coûté à produire.
Un support « gratuit » peut aussi te coûter en crédibilité
Il faut enfin ajouter à l’équation ce dont je te parlais dans mon précédent article : ce que l’utilisation de l’IA peut faire à la perception de ton entreprise lorsqu’elle devient trop visible dans ta communication.
Si ton visuel ressemble immédiatement à cinquante autres, si ton texte reprend les mêmes formulations, si ton futur client identifie davantage la mécanique de l’IA que ta personnalité, le coût ne se limite plus au manque de résultats immédiats.
Tu peux également perdre en différenciation, en mémorisation et parfois en confiance.
Et là encore, l’économie réalisée au départ devient beaucoup moins évidente.
Et si le problème venait aussi de notre obsession de produire ?
Il reste une dernière question derrière tout ça.
Pourquoi avons-nous autant besoin d’outils capables de produire toujours plus vite ?
Parce que nous nous sommes progressivement convaincus qu’il fallait produire, produire et encore produire pour satisfaire les algorithmes.
Une publication aujourd’hui. Un Reel demain. Une newsletter. Trois stories. Un article. Une vidéo. Et surtout, ne jamais s’arrêter sous peine de disparaître mystérieusement des radars.
Évidemment que dans ce contexte, une technologie qui promet de fabriquer tout ça en quelques secondes ressemble au Saint Graal.
Mais si nous inversions un peu le raisonnement ?
Ton entreprise n’existe pas pour nourrir Instagram, LinkedIn, Google ou YouTube. Ce sont ces outils qui doivent servir ta communication, et ta communication qui doit servir ton entreprise.
Alors peut-être qu’avant de chercher comment produire dix contenus plus rapidement, il faudrait parfois se demander si ces dix contenus sont réellement nécessaires.
Parce qu’une publication supplémentaire qui ne dit rien, ne crée aucun lien et ne participe à aucun objectif n’a pas plus de valeur parce qu’elle n’a demandé que trente secondes à produire.
Alors, l’IA te fait-elle vraiment économiser du temps et de l’argent ?
La réponse n’est donc ni oui ni non.
Ça dépend de ce que tu lui délègues, de ce que tu maîtrises, du temps qu’elle te fait réellement gagner et surtout du résultat que tu obtiens.
Avant de te dire « pourquoi payer quelqu’un puisque l’IA peut me le faire ? », le calcul mérite donc d’être un peu plus complet.
Combien aurait coûté le professionnel ? Combien de temps as-tu réellement passé à obtenir ton résultat ? Que vaut ce temps pour ton entreprise ? Qu’aurais-tu pu faire à la place ? As-tu supprimé uniquement de la production ou également une expertise dont tu avais besoin ? Et, surtout, le support obtenu remplit-il réellement son rôle ?
Parce qu’un support professionnel n’est pas automatiquement rentable simplement parce qu’il a été réalisé par un professionnel.
Mais l’inverse est tout aussi vrai : un support n’est pas économique simplement parce qu’il n’a presque rien coûté à fabriquer.
Et c’est probablement là que se trouve le calcul que nous oublions le plus souvent lorsqu’on parle d’IA.
Le support le moins cher à produire n’est pas forcément celui qui coûte le moins cher à ton entreprise.
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→ La réflexion d’abord
Choisis un contenu ou un support de communication que tu as récemment créé avec l’aide de l’IA.
Maintenant, oublie pendant quelques minutes le prix affiché de l’outil et demande-toi : qu’est-ce que cette production m’a réellement coûté ?
Combien de temps as-tu passé à prompter, recommencer, corriger et finaliser ? Aurais-tu été plus rapide autrement ? Avais-tu suffisamment d’expertise pour savoir si le résultat était réellement bon ? Et surtout, quel était l’objectif de ce support et l’a-t-il rempli ?
→ L’action maintenant
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